Prêts-textes à rire - Les sacréficelés

Publié le par Jacques Guilloreau

 Vous savez que bien des civilirisations
 au cours des cent tueries passées
 pratiquaient le sacréfice humain
 sur l'hotel des Cieux déments.
 Ainsi, pour honorer le Soleil
 ou toute autre divine idée,
 certains comme les Pastèques ou les En-cas
 n'hésitaient pas à sacréficeler
 de jeunes et innocences verges
 qui n'avaient, ô Grand, jamais connu
 le rite de l'organe.
 
 Dieu soit doué,
 ces temps barbares sont résolus,
 nous nous sommes dare-dare civilirisés.
 Bien que... A bien réfléchir...
 A réfléchir autant que faire se peut,
 autant qu'un miroir de courtoisie extra-poli,
 le reflet de notre civilirisation
 n'est pas si miropoilant que ça.
 Car, si elle a résidu bien des problèmes,
 elle ne fait qu'en déplacer bien d'autres...
 
 Ainsi, rien que dans ce petit coin du monde,
 en France, doux pays de mon errance,
 bon an, mal an, nous sacréficelons encore,
 vite fait, bien fait, près de dix mille têtes.
 C'est à dire l'écu valant d'une copulation
 d'une gentry petite vile cité de province.
 Eh oui !... Dix mille têtes roulent
 sur le boulevard des allongés, tous les ans,
 le temps d'une résolution de notre petite planète
 autour de sa bonne étoile de Soleil.
 
 Ces sacréfices ont lieu régulièrement,
 surtout lors des fêtes de grandes transes humances
 à la sortie des décalogues de printemps, été,
 quand les adorateurs, à la masse,
 prennent leur volant de pèlerin
 pour aller humer,
 qui l'air du tiroir de la France profonde,
 qui l'air de la grand-mer,
 qui l'air des monts et merveilles enneigées.
 C'est l'heure des grandes marées
 mais pas toujours celle de se marrer.
 Car, parmi ceux qui partent, joyeux,
 voir le ciel d'azur ou les neiges éternelles,
 certains, chemin faisant, s'en vont
 voir le Père du même nom.
 Au nom du Père, du Fils et du Sain d'Esprit,
 amène ton âme. Amen.
 
 Et pas question de récalcitrer.
 Les volontaires au sacréfice
 sont désignés à l'office
 et doivent passer à la Sainte Table,
 même s'ils ne se sentent pas dans leur assiette
 ou ne ressentent pas leur fin.
 Le contrat, établi d'avance
 par l'Ordinateur des grandes pompes,
 ne comporte pas de délai de génuflexion.
 Ainsi, sont fauchés à toute vitesse,
 sans même s'en rendre au compteur,
 des pèlerins ivres de Bol d'air
 ou amateurs de dix-tractions avant.
 Des pèlerins qui se jettent sur les routes,
 à corps perdu et à saute qui peut,
 pour cultiver le culte de Sainte Bagnole.
 
 Ah ! Sainte Bagnole,
 une divine idée des temps modernes,
 qui apparaît aux survirants
 de la Seconde Grande Dévastation,
 et est illico delco canonisée
 au début des Trente Glorieuses.
 C'est comme ça que Sainte Bagnole
 devient la patronne
 des commis-voyageurs au long cours-bouillon,
 des zozos migrateurs saisono-dominicaux
 et même des oies blanches en dessous noir
 pour leurs premiers transports.
 Bien sûr, les marchands du Temple,
 flairant sa super noble essence enrichie,
 ne la laissent pas sur le carreau
 et la mettent, vite fait, sur un pied de vestale
 pour l'offrir aux pèlerins, en promo.
 Ils font tant et si bien son éloge
 à Paul au logis, et autres apôtres
 qui reprennent en chœur le Cantique des cardans,
 qu'elle connaît une foudroyante Ascension
 la conduisant tout droit au top niveau
 des huiles du hit paradis.
 
 Et de très Ford Vedette, Sainte Bagnole
 ne peut pas, devenue une star, taire
 ses ambitions de mythe vibrant.
 Sa brillante carrosserie
 aux formes superdynamo-esthétiques
 toujours en quête de sinduction de bobines,
 se révèle autant (en emporte le van, bien sûr !)
 une précieuse épuisette à minettes
 qu'un sublime miroir à luette
 dans lequel les pèlerins s'autogargarisent
 de leur standing dingue, donc.
 Et Sainte Bagnole ne tarde pas
 à prendre pour des cloches attardées
 ceux qui ne peuvent s'offrir ses grâces.
 Nous voyons alors des millions de pèlerins
 se saigner aux quatre veines caves
 pour activer la circulation en quatre roues
 et soigner ainsi des embouteillages
 du meilleur cru.
 Devant cet engorgement des artères d'Urbain,
 les autoratées s'autorisent d'autorité
 à régle-aimanter le rationnement des autos
 en creusant des idées de parcs soutes tous terrains
 et même de parcs maîtres de trottoir
 en cheville avec des rates quêteuses
 aux odeurs auberginopervenchères,
 distributrices d'amandes douces-amères.
 
 Mais rien, ni fait.
 Sainte Bagnole continue
 de tenir le haut du pavé
 et la dragée haute aux autoratées.
 Trônant désormais sous un dais de déesse,
 sa tribu de fans doit lui verser son tribut.
 Elle réclame à cor et à cric ses sacréficelés
 pour asseoir sa gloire sur un chemin de croix.
 C'est ainsi que chaque année,
 près de dix mille pèlerins, sourire aux lèvres,
 se tirent en tire de ce monde de coche-marre
 dans leur carrosse de crève...
 Ce sont les marre-tires
 de Sainte Bagnole.
 
 © Jacques Guilloreau, Prêts-textes à rire.

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