Prêts-textes à rire - Les sacréficelés
Vous savez que bien des civilirisations
au cours des cent tueries passées
pratiquaient le sacréfice humain
sur l'hotel des Cieux déments.
Ainsi, pour honorer le Soleil
ou toute autre divine idée,
certains comme les Pastèques ou les En-cas
n'hésitaient pas à sacréficeler
de jeunes et innocences verges
qui n'avaient, ô Grand, jamais connu
le rite de l'organe.
Dieu soit doué,
ces temps barbares sont résolus,
nous nous sommes dare-dare civilirisés.
Bien que... A bien réfléchir...
A réfléchir autant que faire se peut,
autant qu'un miroir de courtoisie extra-poli,
le reflet de notre civilirisation
n'est pas si miropoilant que ça.
Car, si elle a résidu bien des problèmes,
elle ne fait qu'en déplacer bien d'autres...
Ainsi, rien que dans ce petit coin du monde,
en France, doux pays de mon errance,
bon an, mal an, nous sacréficelons encore,
vite fait, bien fait, près de dix mille têtes.
C'est à dire l'écu valant d'une copulation
d'une gentry petite vile cité de province.
Eh oui !... Dix mille têtes roulent
sur le boulevard des allongés, tous les ans,
le temps d'une résolution de notre petite planète
autour de sa bonne étoile de Soleil.
Ces sacréfices ont lieu régulièrement,
surtout lors des fêtes de grandes transes humances
à la sortie des décalogues de printemps, été,
quand les adorateurs, à la masse,
prennent leur volant de pèlerin
pour aller humer,
qui l'air du tiroir de la France profonde,
qui l'air de la grand-mer,
qui l'air des monts et merveilles enneigées.
C'est l'heure des grandes marées
mais pas toujours celle de se marrer.
Car, parmi ceux qui partent, joyeux,
voir le ciel d'azur ou les neiges éternelles,
certains, chemin faisant, s'en vont
voir le Père du même nom.
Au nom du Père, du Fils et du Sain d'Esprit,
amène ton âme. Amen.
Et pas question de récalcitrer.
Les volontaires au sacréfice
sont désignés à l'office
et doivent passer à la Sainte Table,
même s'ils ne se sentent pas dans leur assiette
ou ne ressentent pas leur fin.
Le contrat, établi d'avance
par l'Ordinateur des grandes pompes,
ne comporte pas de délai de génuflexion.
Ainsi, sont fauchés à toute vitesse,
sans même s'en rendre au compteur,
des pèlerins ivres de Bol d'air
ou amateurs de dix-tractions avant.
Des pèlerins qui se jettent sur les routes,
à corps perdu et à saute qui peut,
pour cultiver le culte de Sainte Bagnole.
Ah ! Sainte Bagnole,
une divine idée des temps modernes,
qui apparaît aux survirants
de la Seconde Grande Dévastation,
et est illico delco canonisée
au début des Trente Glorieuses.
C'est comme ça que Sainte Bagnole
devient la patronne
des commis-voyageurs au long cours-bouillon,
des zozos migrateurs saisono-dominicaux
et même des oies blanches en dessous noir
pour leurs premiers transports.
Bien sûr, les marchands du Temple,
flairant sa super noble essence enrichie,
ne la laissent pas sur le carreau
et la mettent, vite fait, sur un pied de vestale
pour l'offrir aux pèlerins, en promo.
Ils font tant et si bien son éloge
à Paul au logis, et autres apôtres
qui reprennent en chœur le Cantique des cardans,
qu'elle connaît une foudroyante Ascension
la conduisant tout droit au top niveau
des huiles du hit paradis.
Et de très Ford Vedette, Sainte Bagnole
ne peut pas, devenue une star, taire
ses ambitions de mythe vibrant.
Sa brillante carrosserie
aux formes superdynamo-esthétiques
toujours en quête de sinduction de bobines,
se révèle autant (en emporte le van, bien sûr !)
une précieuse épuisette à minettes
qu'un sublime miroir à luette
dans lequel les pèlerins s'autogargarisent
de leur standing dingue, donc.
Et Sainte Bagnole ne tarde pas
à prendre pour des cloches attardées
ceux qui ne peuvent s'offrir ses grâces.
Nous voyons alors des millions de pèlerins
se saigner aux quatre veines caves
pour activer la circulation en quatre roues
et soigner ainsi des embouteillages
du meilleur cru.
Devant cet engorgement des artères d'Urbain,
les autoratées s'autorisent d'autorité
à régle-aimanter le rationnement des autos
en creusant des idées de parcs soutes tous terrains
et même de parcs maîtres de trottoir
en cheville avec des rates quêteuses
aux odeurs auberginopervenchères,
distributrices d'amandes douces-amères.
Mais rien, ni fait.
Sainte Bagnole continue
de tenir le haut du pavé
et la dragée haute aux autoratées.
Trônant désormais sous un dais de déesse,
sa tribu de fans doit lui verser son tribut.
Elle réclame à cor et à cric ses sacréficelés
pour asseoir sa gloire sur un chemin de croix.
C'est ainsi que chaque année,
près de dix mille pèlerins, sourire aux lèvres,
se tirent en tire de ce monde de coche-marre
dans leur carrosse de crève...
Ce sont les marre-tires
de Sainte Bagnole.
© Jacques Guilloreau, Prêts-textes à rire.